Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.
L'abondance des commentaires reçus depuis quelques jours me laisse supposer que les vacances sévissent parmi le cercle restreint de mon lectorat. Cela posé, comme ce n'est pas pour être lu que j'écris, et comme je sais par d'admirables statistiques, que bon gré mal gré, une cinquantaine de masochistes passent sur mon blog chaque jour, je vous livre aujourd'hui une impression de lecture:
"Un jeu d'enfant " de Raphaël Enthoven, paru récemment chez Fayard.
Ce petit bouquin illustré d'une étude de draperies par Léonard de Vinci lui-même, est tout simplement épatant. Au gré de ses souvenirs d'enfance, le jeune auteur (il doit avoir 35 ans), professeur de philosophie dans le civil, parle de Sa matière d'enseignement comme j'aurais aimé qu'on m'en parlât lorsque j'usai mes fonds de jeans et mes clarks sur les bancs de prépa.
Amoureux de Jankélévitch parcequ'il a comblé le vide laissé par Bergson par la crainte même qu'il en avait, Enthoven nous promène dans l'univers fini et dément de la vie et de la mort, de l'habitude et de la différence, des petits riens qui sont de grands tout, des fous lucides et des sages déments. Evocation de Dieu et Diable... avec ce dernier, l'auteur esquisse une discussion pour le convaincre qu'il n'existe pas ailleurs que dans son cerveau malade. Pourquoi pas Dieu, avec la tache pénible de le rappeler à la raison? Relation de Pascal qui fit l'expérience inouïe de Dieu sensible au coeur, il y a trois cent cinquante trois ans ....
Quelques morceaux choisis:
"Nous allons tous vers le pire, mais on y va moins vite quand on accepte de s'y rendre"
" Peu à peu, je me suis fait à l'extase"
" Avec l'habitude, le coeur bat plus lentement, le temps passe plus vite"
" Combien de suicidés ont oublié que leur geste risquait de leur couter la vie"
Allez-y, lisez-le, vous ne le regretterez pas... si la philo ne vous rebute pas !
(c) Musefabe 2007