Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.
Mairie de mon village, samedi matin: Le plan d'occupation des sols est présenté avec force tableaux, graphiques, photos.
En gros, ce n'est pas trop mal pour une commune de 6000 habitants. Des espaces verts supplémentaires, des logements pour les jeunes couples et les personnes âgées, un réaménagement des tennis, enfin, un agrandissement de l'école.
Ce n'est pas trop mal, euh, tiens... c'est quoi ce chemin bizarre qui part de la route du haut et perce vers la forêt ? Je me penche. Mais oui, c'est un nouveau chemin. Bigre ! Il y en a déjà deux... Il faut dire que j'avais été alerté par des amis riverains du fameux chemin, qui va sans autre forme de procès (pf.. elle est bonne, celle là) empiéter sur leur terrain. Bon, et alors ? Une petite expropriation et voilà, c'est réglé !
Comment ? On ne les avait pas prévenu ? Pour quoi faire ? C'est quand même plus rigolo quand on découvre par hasard qu'on est concerné par un plan d'aménagement et qu'en plus, on est censé avoir donné son accord !
Bref, pas contents les aminches.
- Tu te rends compte, on grignote notre terrain pour faire plaisir à une groupe de randonneurs copains du maire et qui veulent pas faire un léger détour pour entrer dans la forêt !
Ben, c'est vrai que je trouve ça un peu ballot parceque, si on est randonneur, c'est pour marcher, enfin, je suppose. Cela ne devrait quand même pas effrayer des mollets bombés et veineux de faire quatre cents mètres de plus, non... Si ?
Je signe la pétition et je remplis avec mon porte plume, la langue sortie comme il faut (la mienne, pas celle du porte plume), le cahier de commentaires du commissaire enquéteur, au passage un peu dur de la feuille (le commissaire, pas le cahier). En gros, j'aime bien le PLU mais l'idée du chemin me bofise fichtrement.
Je me dirige ensuite vers les partisans du chemin... mais oui, il y en a.
- Tu comprends, ceux qui sont contre et qui signent la pétition, ils habitent à l'autre bout du village ! En plus, on connait des mamies qui ne vont pas dans la forêt parce que le détour est trop important.
OK pour les mamies, ça je comprends. L'argument des signataires qui ne sont pas riverains me semble un peu spécieux, scrogneugneu, parce que quand j'habite quelque part, j'aime avoir mon mot à dire sur l'ensemble du quelque part et pas seulement sur ce qui se passe dans un rayon de 50 mètres autour de chez moi !
Et soudain, la phrase massue :
- Tout ça, c'est politique ! ça défie toute logique.
Je risque un timide:
- Euh, peut-être que c'est simplement de la démocratie locale ? Et puis, la logique, on la voit souvent à l'aune de son ressenti, non ? Y en a des pour et des contres, et c'est un peu normal. Pas de quoi mettre ça sur le terrrain politique, sauf dans le sens noble du mot, quand on s'intéresse à la vie de la cité.
J'essuye un regard incrédule.
- Vous faites de la sémantique, jeune homme !
Yes !!! Elle (puisque c'était elle) m'a dit "jeune homme" ! Soudain, ce fut comme une bouffée de bonheur ! Je ne suis...euh, je n'ai donc pas l'air vieux ! C'est la meilleure nouvelle de la journée !
Quant au chemin, je trouve quand même que...
A suivre (peut-être)
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