Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.
Buenos Aires...
Je suis logé sur les anciens docks du port, le long du Rio de la Plata. A cet endroit, il fait à peu près 45 kilomètres de large. C'est une vraie mer d'eau douce qui me séparent de l'Uruguay. Montevidéo est au sud est, à environ 180 kilomètres, de l'autre côté.

C'est une belle réussite architecturale, les argentins ont conservé les vieilles grues, témoins de leur passé. Les quais sont illuminés et bordés d'une myriade de petits restaurants qui proposent, bien sûr, la meilleure viande que j'ai jamais mangée !
Hier matin, j'avais rendez-vous en ville et j'y suis allé à pied au lieu de prendre le taxi. Bruit, autobus, voitures européennes (Renault, Peugeot et Citroën en bonne place...cocorico !), policiers nonchalants à tous les carrefours dans leur uniforme marron caca clair, hommes d'affaires pressés avec le portable à la mano, places surper clean qui voisinent avec des espaces, euh, en friche légère...

Je suis passé devant la maison rose (en fait, le palais présidentiel actuellement occupé par Mr Kirchner)...

... et surtout, sur la place de Mai, vous savez, celle où, tous le jeudis, les mères (et maintenant grand- mères) de la jeunesse disparue, se rassemblent depuis des années pour réclamer la vérité sur leurs enfants. Inlassablement, elles font le tour d'une colonne blanche taguée par endroits, avec leurs photos dérisoires...

Hier après-midi, je suis parti au Sud, à Quilmes. Là, j'ai pu toucher des yeux le contraste de cette Argentine qui sort peu à peu de la crise de 2002 et dont certains enfants se promènent encore, à moitié nus, dans de sordides bidonvilles. Des petites filles qui jouent à la marelle au milieu des saletés, un jeune garçon souriant à cheval en plein milieu de la route, un enchevêtrement de tole ondulées, de planches, de cageots, où des hommes prennent le frais sur les "terrasses" vermoulues un verre de bière à la main. Là, voyez-vous, j'avais mon appareil photo et pourtant, j'ai été incapable de prendre le moindre cliché... Je ne construirai pas ce blog sur l'audience de la misère.
Ce matin, départ pour Santiago du Chili.
A bientôt pour d'autres nouvelles.
(c) Musefabe 2006