Hier matin, j’avais pris mes précautions pour le réveil. Double dose : la montre à mon poignet et la radio à mon chevet, vous savez, celle qui fait un grésillement terrifiant avec des scrouitch d’enfer quand c’est le moment. Et cette heure-là, je l’avais bien calculée pour que je puisse, sans stresser, arriver à Orly pour attraper le vol de Madrid.
Dans la lumière blême de l’aurore, mon véhicule glisse sur la route. Circulation dense mais fluide. Allons ! j’aurai même un peu d’avance…mais, mais... qu’est ce que ce panneau lumineux me dit là ? « Accident à 2500 mètres, A86-A6 29 minutes ».
Eh, mais attendez, c’était pas du tout prévu cette histoire ! 29 minutes et j’arrive une demi-heure avant le décollage, autant dire que c’est foutu !!!! Et ma correspondance pour Buenos-Aires ! Bigre et damned ! Heureusement que je conserve un calme olympien. A peine si je cogne frénétiquement le volant de mes mains en éructant des « MEEERDE ! » formidables…
Que faire ? Prier ? C’est déjà fait. Pleurer ? Pis quoi encore ? Rien ? Non ! Tout en me lovant dans la circulation en essayant d’attraper la file qui roule le moins lentement, je compose fébrilement le numéro de la météo des plages, euh, d’Ibéria.
- Good morning
- Bonjour, euh, voilà, je vais être en retard, il faut absolument que le vol de Madrid à 7h50 m’attende, sinon, je rate ma correspondance pour Buenos-Aires.
- What ?
- I am bien at Ibéria ?
- Yes, zis is ze English service. No French before 9 o’clock.
- Bon. Good morning alors, I will be late and the vol to Madrid must wait for me sinon I miss my correspondance to Buenos-Aires, comprendes?
- Yes, yes, but we can do nothing, fait la zézeyante hotesse. Hurry up and maybe you catch your flight.
Hurry up! Elle en a de bonnes ! Je suis scotché comme un vieil adhésif à Vélizy. Bon, rien à faire de ce côté là. J’essaye Air France.
- Bonjour.
Ah, ça parle français !
- Bonjour, je dois aller à Buenos-Aires aujourd’hui et euh, à quelle heure y –a-t-il un vol ?
- Il y a encore une place, départ à 23 heures. Et pour le retour ?
- Non merci.
- Comment ça, vous ne rentrez pas ?
- Non, enfin, si, mais pas sur Air France…
Je perçois une voix désapprobatrice.
- …
- Combien ça coûte ?
- Schtroumpfmille Euros
- Ah, quand même ! Je déglutis péniblement. Bon, merci pour le renseignement….
Je m’approche du lieu de l’accident, un gros camion en travers, rien que ça… Maintenant, ça roule et je fonce (enfin, en respectant le code de la route, bien sûr…) vers Orly où j’arrive à 7h24. Scrogneugneu, avec un peu de bol…
… J’ai dû franchir le comptoir d’enregistrement comme un halluciné ! J’étais le dernier avant la fermeture du vol.
Arrivée à Madrid, descente de l’avion, couloirs, contrôle de police, puis ballade dans les boutiques en attendant le 12h10 pour Buenos-Aires avec une légère sensation de manque.
Gasp !!!! Mon manteau ! Ben oui, quoi, je l’ai oublié dans l’avion ! Allez, quand on commence... comptoir d'Ibéria:
- Bonzour
- Ben voilà, z'ai oublié mon manteau dans le plane
- Pas grave, une fois à Buenos Aires, vous allez au...
- ...Comment ça une fois à Buenos Aires ! Mais ça fait 20 minutes que z'ai atterri. Il est ici mon manteau !
Merde, ze me mets à parler comme eux !
- En fait, ils vont le donner aux objets trouvés mais ça ouvre qu'à oune heure de l'après midi.
- Et en attendant, ils en font quoi? ils le nettoyent ?
Ze euh je vous passe le reste... Ils ont fini par trouver mon manteau et l'apporter dans la salle d'embarquement.
Maintenant, je suis dans mon hotel à Buenos-Aires. Voyage confortable, j'ai bien mangé, bien dormi, bu de l'eau, regardé deux films... Allez, en cadeau, la photo du jour prise au controle de police de Madrid.
Vous voyez, le papi et la mamie du milieu, ils ont des casques de vélo !!!! Alors, ou la police espagnole a une super mauvaise réputation ou ils ont oublié de se changer après de dernier Paris-Bordeau en tandem...
Allez, il est l'heure de dodoter. A demain pour de nouvelles aventures !
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