C'était la première fois qu'ils étaient séparés depuis bien longtemps. Rodolphe avait dû quitter Paris pour visiter ses entrepôts de Bordeaux. Marie était allée chez sa soeur dans le Cantal. Ils s'étaient promis de s'écrire souvent, afin d'alléger le poids de l'absence. Au retour de ses tournées, dans sa petite chambre du centre ville, Rodolphe s'installait devant la table de bois et traçait quelques lignes pour Marie, à la lueur déclinante du jour. Ce n'étaient que des mots simples, où il disait qu'il pensait à elle, qu'elle lui manquait, que malgré les semaines où la nécessité devait les contraindre à vivre loin l'un de l'autre, elle était présente dans son coeur.
Deux ou trois fois par quinzaine, Rodolphe descendait au restaurant du coin de la rue et utilisait le téléphone nouvellement installé. L'opératrice lui passait le 31 à Viallace et la magie opérait. Marie était là, près de lui, par la voix.
Les jours passaient. Au début, Rodolphe guettait les lettres de Marie. Une fois, elle lui avait bien envoyé une enveloppe qui contenait une coupure de journal sur une rixe politique locale qui ne manquait pas de sel. Puis, plus rien...
Quelques billets plus tard, Rodolphe s'aperçut que l'encre avait séché dans son encrier. Il posa son porte-plume et sortit prendre l'air. En passant devant le restaurant, il fit un clin d'oeil au téléphone en bakélite, en pensant que l'écrit ne pèserait peut-être pas lourd devant une telle invention... Il se sentit heureux, léger, et décida de faire une grande promenade au parc en pensant à telle nouvelle qu'il écrirait pour utiliser le papier qu'il n'enverrait plus à Marie. Le début de la célébrité ! Il éclata de rire...
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