Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.
Allez, dans la série "provoc et débat", un texte que j'ai commis il y a plus de deux ans. A-t-il perdu de son actualité ?
"Je suis persuadé que nombre de mes concitoyens ont sur leur pays et la manière dont il est gouverné, des opinions qui, si elles s’exprimaient, pourraient utilement éclairer les politiques qui ont en charge nos destinées. Malheureusement, la certitude que ces voix ne seraient en définitive pas écoutées, le détournement probable de celles qui s’élèvent pour les rendre esclaves d’un dogme ou d’une idéologie, font que ces échos anonymes se perdent le plus souvent dans un bruit de fond stérile et inexploité. L’idée que, pour avoir quelque chose à dire, il faille être breveté, qualifié, élu ou en passe de l’être, décourage certainement une grande part des Français de faire connaître leur sentiment. On en arrive insensiblement à ces formes perverties de démocratie qui consacrent la coupure entre les gouvernés et ceux qui les gouvernent, relèguant les politiques au rôle d’administrateurs sans dessein ou d’idéologues éloignés de leur base. L’Etat, abandonnant le rôle éminent de fédérateur d’énergies au service d’une ambitieuse vision, devient peu à peu un soufflé bureaucratique qui gère ses dossiers au jour le jour, avec un recul dérisoire et sans plan d’ensemble. Au gré des couleurs gouvernementales, il en vient à se mêler des affaires qui ne sont pas les siennes, règlementant tout, n’ayant confiance qu’en lui-même, ne tirant son énergie que de sa propre substance, empétré dans l’engrenage tragi-comique des solutions toutes faites. Gérer les dossiers! Terme révélateur de la dimension tatillonne donnée aux plus grands enjeux, du saucissonage des thèmes de société, de la myopie réductrice appliquée aux grands mouvements du siècle qui s’annonce. Comment s’étonner alors que les citoyens se replient sur eux-mêmes, malgré les formidables élans de solidarité dont ils sont capables?
Les pères fondateurs de la République n’ont certes pas voulu cela, et il est heureux que la France, qu’un certaine France, avance néanmoins, grâce à l’impulsion d’une génération ambitieuse, généreuse, dynamique, qui a saisi les enjeux géopolitiques, économiques et sociaux des temps à venir. Oui, la France avance, j’allais dire malgré tout, malgré ses gouvernants incolores et sans saveur, qui élèvent la non-décision et le frêle compromis au rang de vertu cardinale et qui, provisoirement, arrivent à louvoyer dans le marigot des tendances et des mouvances en se rapprochant insensiblement de ce régime des partis qui fut la perte de la Quatrième République. L’absence de grand dessein pour le pays porte en germe cette manie de magnifier les discussions de couloir, les petites phrases, les menaces de rupture d’alliance, les ténors qui jouent les divas, avec, en contrepoint, les médias qui s’en délectent au point, parfois, d’amuser les foules au lieu d’informer le citoyen.
Comme ces champignons qui se délectent des chairs gangrénées, émergent, se développent ou se renforcent en corollaire les partis extrèmes, violents, racistes, xénophobes, antisociaux, qui font leur lit sur le terreau fertile des compromissions et des petites lâchetés, sur l’abandon progressif des valeurs fondamentales de notre République, forgées par 10 siècles d’épreuves, de conflits, de détresse et de gloire, et qui, au delà de leur nécessaire adaptation aux réalités du monde contemporain, restent essentielles à la cohésion du peuple "
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