Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.

Publicité

Mai 1968

Le lycée Rodin est un gros bateau échoué sur une rive de la rue Corvisart. A côté de lui, le square Croulebarbe se cache derrière le Mobilier National et la Manufacture des Gobelins. Ils se tiennent chaud, l'école et le jardin, en voyant défiler des troupeaux de potaches, de mamans à poussettes, de chiens errants, de clochards encombrés de cabas dérisoires, de jeunes à mobylette, de soixante-huitards qui ont oublié soixante-huit...

C'était en mai... J'étais en sixième. Il faisait beau. Le lycée était presque fermé et on conseillait aux parents de ne pas nous envoyer en classe. Il faut dire qu'en l'espace de deux jours, "ils" avaient mis le feu à une effigie de De Gaulle dans la cour et "ils" avaient taggé les couloirs, juchés sur des patins à roulettes (on ne disait pas encore "rollers") . C'était la première fois que je voyais en action la redoutable bombe de peinture.

Boulevard Saint Germain, maman m'emmenait chez l'ophtalmo pour guérir un début de strabisme. On marchait au milieu d'un brouillard bizarre fait des résidus des lacrymos de la nuit. Quand j'arrivais chez le docteur, une vietnamienne, j'avais des yeux de lapin russe...

Papa travaillait rue Lhomond et il enjambait les barricades pour aller au taf.

Mon Grand-Père avait fait des réserves de nouilles et de sucre.

A la télé, on voyait Alain Gesmard et Daniel Cohn Bendit.

Il était interdit d'interdire et "ils"  b... comme des fous au théâtre de l'Odéon au dessus duquel flottait un drapeau noir.

Sur les murs, "ils" avaient affiché la tronche ensanglantée d'un manifestant qui s'était pris une lacrymo en pleine poire.

"Ils" criaient "CRS ! SS !". Les CRS avaient des boucliers ronds en plastique transparent.

On disait que l'armée s'était déployée en forêt de Fontainebleau pour venir mater tout ce boxif.

La France s'ennuyait... c'est pas bon quand elle s'ennuie.

(c) Musefabe 2007

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
S
Ah... Mai 68 ! Bon là, je fais celle qui se souvient (mdr) ! Désolée mon cher Fabrice mais à cette époque, l'idée de me créer était tout juste à la porte de l'imagination de mes parents (lol)... Du coup, le temps de réfléchir, je ne suis arrivée qu'un peu plus d'un an après (lol) ! Alors de Mai 68, je ne retiens que ce que j'ai pu en voir dans les reportages, et en lire ici et là... Ton récit est intéressant car il fait partager surtout ce que toi tu as pu en ressentir du haut de tes euh... 11 ans (? lol). Une autre époque, mais il n'est pas certain qu'à force de pousser le bouchon un peu loin... une autre période de révolte ne puisse revenir.<br /> Gros bisous et bonne soirée, Syl
Répondre
F
Je n'avais que neuf ans et demie à l'époque (et oui, j'ai un peu boosté ma scolarité) :-) mais je m'en souviens très bien !<br /> Gros bisous<br /> Fabrice
K
Je ne suis pas du tout sûre que ce soit par ennui qu'un tel mouvement -qui a mobilisé, outre les "ils": étudiants avides de reconnaissance et de liberté sexuelle peut-être, mais pas seulement..., une grande partie de la classe "laborieuse", qui sait (et savait!) exactement ce que signifie la "valeur travail"...<br /> Bon d'accord, j'ai le regard d'une enfant de "soixante-huitards", mais quelques conversations avec certains d'entre eux ne pourraient que te convaincre que ces étudiants, engagés dans une formation sur laquelle ils construisaient leur avenir, n'avaient pas simplement envie de se payer du bon temps sur le dos de la société...<br /> ah, l'échange et la discussion... il n'y a rien de tel! Et puis cela dit j'admire toujours autant la qualité de ta prose et ton sens aigu de la narration... allez, je ne peux m'empêcher de te taquiner: une petite relecture supplémentaire pour corriger les fautes de frappe, histoire qu'elles ne passent pas pour des fautes d'othographe ;-) Bisous!
Répondre
F
"La France s'ennuie" est un clin d'oeil à un article de Pierre Viansson Ponté paru dans le Monde du 15 Mars 1968 et que je reproduis dans un nouveau post. Je précise qu'il ne faut pas le lire au premier degré, tout comme mon texte, d'ailleurs. Celui-ci fait référence à des souvenirs qui me sont propres et que j'ai bel et bien vécus.  <br /> J'ai relu pour détecter mes fautes "d' othographe" (sic, voir plus haut) et tu as raison, j'en ai trouvé une :-).<br /> Bisous !