Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.
Me trouvant dans un endroit aussi idyllique par ses paysages que passionnant par les individus qui le peuplent, je me suis donné toute licence – une fois n’est pas coutume - pour vous faire part de mes observations prises sur le vif, pour certaines, même, en même temps que j’écrivais ces lignes.
· Le Kéké sympa : toujours impeccablement vêtu, grand sportif, avec sur le front une paire de lunettes qui le font ressembler à une mouche active, le Kéké sympa en reste là et n’en rajoute pas. Mieux, quand on le connaît, sa conversation est agréable, le ton poli, le sourire naturel. Il est somme toute très fréquentable, avec un zeste de vulnérabilité le soir, après le deuxième verre d’Ouzo. La femme du Kéké sympa est généralement sympa, elle aussi, grande adepte de l’éveil musculaire le matin, de l’acqua-gym l’après-midi, du massage du soir.
· Le Kékékon : pathétique variante du Kéké sympa, le Kékékon ouvre grand sa gueule, connaît tous les sports sur le bout des arpions, et oublie de rentrer sa brioche quand il pense que personne ne le regarde. Il se croit irrésistible avec son bronzage à l’huile d’olive et son short de bain ajusté au-dessus duquel un début de bide retombe en goutte molle. Pendant que sa femme se coltine les mômes, il dragouille les copines de sa fille qui en gloussent par-devant et en rigolent par derrière. Il a horreur de perdre, surtout au tennis quand il t’annonce avant de jouer qu’il était 15/4 il y a pas longtemps et qu’il expédie en pleine déroute des balles gélatineuses qui vont se perdre dans le filet avec un floc de désespoir. En général, le femme du Kékékon le quitte quand elle en a marre d’être prise pour une boniche, un objet sexuel occasionnel, ou les deux. Celles qui restent sont soit des saintes, soit de redoutables stratèges, soit l’illustration que la Kékékonnerie peut être contagieuse.
· La Starpouette : la Starpouette, ou Starlette sur le retour a une sainte hantise de paraître son age. Elle dévalise Pimkie en faisant croire qu’elle équipe sa fille et se hâte d’exhiber sur la plage une paire de seins en détresse avant qu’ils ne ressemblent à deux gants de toilette immontrables. La Starpouette n’accorde aucun regard à ceux qui l’entourent. Ses yeux se noient dans les volutes de la Dunhill qu’elle fume de temps à autre, un coup sur le dos, un coup sur le ventre, en tapotant de son index parfaitement manucuré la cendre dans un gobelet de café vide. Elle lit des romans dont l’épaisseur permet de la situer parmi l’élite des lectrices et elle ne cracherait pas sur l’animateur de tennis. Seulement, pour avoir une chance, il faudrait qu’elle joue et, franchement, ça la fatigue.
· La MFD (Mère de famille dévouée) : pendant que son mari va jouer au beach volley avec les potes, la MDF s’active au bord de la piscine au milieu d’une horde de lardons dont l’un vient de tomber, l’autre veut faire pipi et la troisième quémande son biberon. La MFD n’a guère eu le temps que de se mettre de la crème solaire devant, ne sachant à qui demander de lui tartiner le dos. Justement, l’animateur de tennis passe par là… Ben non, quand même, cela ne se fait pas ! Elle est encore belle, la MFD, avec un doux sourire de maman qui aimerait peut-être que son chéri l’emmène faire un tour en pédalo en lui tenant la main, somme avant. Avant… Certaines MFD ont des mecs attentifs qui, eux aussi s’occupent des momes et leur mettent du bronzol dans le dos. On les appelle des PMA.
· Les PMA (Petits maris attentifs) : dès le matin, dûment équipés du paquetage « plage », ils vont déposer les serviettes de bain sur les matelas pour marquer le territoire de la petite famille. Un peu plus tard, ce sont les mêmes qui gonflent le dauphin de la petite dernière, qui jouent aux raquettes avec le cadet, qui paient une glace à l’aîné, et qui aident leur MFD d’épouse à faire ses mots fléchés. Le PMA a en général une bobine joviale, un bob bleu ciel, un slip de bain ringard avec des bandes verticales brunes et vertes, des sandales en cuir qui lui font mal aux pieds. Il garde les clés de la chambre et les sous dans une petite sacoche qu’il porte autour du cou. Parfois, il nage dans la piscine une petite brasse indienne, sans perdre son sourire. Il est heureux.
(c) Musefabe 2007