J’ai parcouru ce matin les étendues brumeuses qui enveloppent l’hôtel de leurs écharpes humides. Cerclé d’un muret de pierres grises, l’étang est là, peuplé de carpes qui glissent, indifférentes, entre des nymphéas brunâtres entrés en agonie.
Derrière quelques arbres décharnés, au-delà des balustrades piquées de mousse verte et ocre, on perçoit le murmure fragile de la rivière dont le velours transparent effleure les quelques roches qui tentent de faire obstacle à son cours.
J’entends le crissement de mes pas briser l’harmonie des bruits de l’aube. Un oiseau surpris tend le cou puis s’envole à regret, dans la lueur rosée du petit jour qui s’annonce. Les mains dans les poches, j’avance en humant l’air chargé d’odeurs de résines mouillées. Le désordre de mes pensées, hérité du réveil, s’harmonise peu à peu et fait place à une inquiétante sérénité. Serait-ce cela le calme, l’absence d’inquiétude, mais aussi, l’angoisse de penser que tout va bien ?
Je m’arrête un instant. Le brouillard s’effiloche et un timide soleil tente une percée. Il fait froid…
Mon cœur est au chaud.
© Musefabe 2006