Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.
Chère école,
Ce soir, je t'écris.
J'ai remis ma blouse, ressorti mon porte plumes, ajusté ma sergent major, vérifié mon encrier. Dans ma poche, mon sac de cales et de calos (à cinq coups, les plus gros), avec les billes chinoises (qui valaient deux) et les petits bonshommes que l'on tirait à trois ou cinq pas dans la cours de l'école Saint Marcel.
Ce soir, je t'écris.
J'ai embrassé ma maman et j'ai dévalé deux à deux les marches des quatre étages de notre escalier, mon cartable dans le dos. Dehors, c'est le printemps et les arbres du boulevard Arago sont les premiers à s'orner de feuilles bien vertes, bourrées de chlorophylle.
Ce soir, je t'écris.
Je traverse le carrefour des Gobelins et je fais le reste du chemin avec Jacques et Philippe. On a les genoux un peu écorchés, forcément, à force de tomber en jouant à la délo.
Ce soir, je técris.
Je revois Madame Lamur, Madame Chédeau, Monsieur Saraberre, chères maitresses et cher maître. Où êtes-vous, à présent, que je vous remercie pour tout ce que j'ai appris ?
Ce soir, je t'écris.
Les Samedis après midi, film dans le gymnase ou grande récréation. La cour de l'école devient la jungle aventureuse, un circuit de voitures de course, l'intérieur du chateau fort. Un jour, Muller me traite de trahisseur. Les vrais traîtres ont dû bien se bidonner! On a fini les boules de coco.
Ce soir, je t'écris.
Maman me donne mes tartines au jardin des plantes. J'enlève mon passe-montagne et je dévore le pain frais et je bois le jus d'oranges pressées dans la petite gourde en plastique.
Ce soir, je t'écris.
(c) Musefabe 2005