Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.

Drôle de sensation que Ribface ressent, à l'image de la photo que son double a prise hier sur la route de l'aéroport de Buenos Aires, avec cette pluie battante qui lessive les résolutions les plus optimistes! Voilà qu'il a failli retomber dans le travers qu'il combat depuis des années, pour se préserver, sans doute, des coups de blues dont il n'a vraiment pas besoin. Voilà qu'il a failli attendre des autres qu'il se comportent comme il le souhaite alors qu'il s'est bien juré de n'en attendre rien d'autre que des divines surprises. Pour le reste, eh bien, advienne que pourra. Pour couronner le tout, il a retrouvé, au coin de sa mémoire son compagnon du mois de Janvier, lorsqu'il se promenait à Cannes, un peu désemparé, sur la Croisette en berne.
Ribface
- T'es là, toi? Ca faisait un bail. Je pensais que tu étais parti enquiquiner d'autres que moi.
L'autre
- Tu crois quand même pas que je t'ai oublié, mon grand. Qu'est ce que tu fabriques?
Ribface
- Ben, tu vois, je voyage, je prends des photos, je recontre des gens formidables, je m'informe, je travaille, quoi...
L'autre
- Waouw ! Un vrai petit Bob l'éponge ! Alors tout va bien, non?
Ribface
- En fait, oui, tout va bien, euh...
L'autre
- Tss tss...Je te connais comme si tu étais un autre moi-même. Je sais ce que tu as !
Ribface
- Ah oui ? Dis moi ! Ca m'intéresse.
L'autre
- Ta balance d'attention est déséquilibrée !
Ribface
- Ma quoi ?
L'autre
- Ben oui, ta balance d'attention. C'est simple, on a tous dans le ciboulot une petite balance qui compte les attentions données et qui en soustrait les attentions reçues.
Ribface
- Sans blague !
L'autre
- Absolument. Et en ce qui te concerne, après vérification, je perçois un grave déséquilibre qu'il faut corriger illico.
Ribface
- Comment ça, je donne trop ?
L'autre
- Non, en fait, tu penses que tu ne reçois pas assez. C'est peut-être vrai, c'est peut-être faux !
Ribface
- Comment le savoir ? Tu sais, moi, je sais ce que je vois, ce que je lis, ce que ressens...
L'autre
- Eh mon gars ! Tu sais aussi ce que tu fais, non ? Alors fais en moins ! Adapte... Synchronise... mécanise...
Ribface
- Tiens, tu me fais de l'Audiard à deux balles ?
L'autre
- Hola! moi, je veux t'aider, hein? Si tu veux pas, je m'en vais, ciao...
Ribface
- Ménon, grande susceptible... Reste là ! Au moins, j'ai quelqu'un à qui parler... Mais tu sais, ton conseil, je sais pas trop faire. Je sais pas calibrer ce que je donne en fonction de ce que je reçois. Sinon, ce serait plus un don. Ce serait une espèce de transaction pas terrible, non ? Tu me vois tenir un carnet avec deux colonnes du style: colonne de gauche, ce matin untel m'a envoyé un SMS, penser à lui en envoyer un aussi. Une telle m'a pas laissé de commentaire sur mon article d'hier. Eh ben, elle peut se brosser pour avoir un mot de moi sur son joli poème... Tu trouves pas ça un peu glauque, non ?
L'autre
- C'est toi qui vois...mais tel que je te connais, ce carnet là, t'es pas prêt de même penser à l'acheter. T'es trop niaiseux, comme disent nos cousins !
Ribface
- C'est pas ma fête, pourtant, aujourd'hui... Bon, ben je vais continuer, hein, c'est ça? Eh ! T'es où ?
(c) Musefabe 2006