Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.

Au risque d'ajouter ce modeste article à la cohorte de ceux qui vont fleurir aujourd'hui sur le 11 septembre 2001, je ne pouvais laisser cette date anniversaire sans réaction.
Cinq ans déjà...J'étais en Italie, prêt à reprendre mon avion du retour à Malpensa. Une étrange atmosphère de fébrilité régna soudain dans l'aéroport. Les écrans indiquèrent que tous les vols à destination des Etats Unis étaient annulés. On contrôla nos passeports à l'embarquement, chose complètement inhabituelle. Puis, dans l'avion, les rumeurs les plus folles... Quarante mille morts... La maison Blanche en feu... Le World Trade Center détruit... J'enrageais d'être coincé dans l'airbus d'Air France pour encore une heure et demie, j'attendais avec une impatience mauvaise de voir enfin l'impensable devant un écran de télévision. Arrivé à Paris, la radio dans la voiture puis, chez moi, la télévision en boucle, l'horreur, les larmes versées, l' E-mail à tous mes potes américains pour leur dire que ce jour là, j'étais moi aussi, américain. Puis, la quête des nouvelles... des copains dans les tours? Des victimes que je connais?
Après quelques jours, le choc émotionnel fit place peu à peu à une sorte de chagrin lucide... et si tout ce gachis pouvait au moins servir à quelque chose? Et si le monde, devant cette cruauté chirurgicale, prenait conscience de l'abime creusé jour après jour entre l'humiliante situation des pays écrasés de misère et la richesse croissante de quelques uns ? Et si le monde, dans un fabuleux élan de solidarité, décidait de couper l'herbe sous le pied du terrorisme en otant ses racines: ignorance, malnutrition, extrémisme religieux, exploitation, arrogance,...? Et si le monde, c'est à dire, pour être réducteur, les Etats-Unis, seule puissance subsistante à la fois économique et militaire, entreprenait cette reconquète politique de la dignité humaine, réduisant la planète aux dimensions d'un village pluriel? Et si le traitement politique de cette crise sans précédent pouvait prendre le pas sur la tentation de la guerre tous azimuts, sans autre objectif que d'éradiquer le terrorrisme en en soignant les symptomes sans s'occuper de ses causes?
Cinq ans déjà... et ce que je vois m'afflige. Le bourbier Irakien, les talibans qui reviennent, les musulmans dressés contre les chrétiens, la crise au Proche Orient plus aigüe que jamais, le mur en Cisjordanie, la guerre contre le Hezbollah, la attentats de Tunisie, du Maroc, de Madrid, de Londres, deux mondes qui se consolident avant de s'affronter... tout cela me dégoute. Le cercle vertueux de la démocratie prôné par monsieur Bush, la théorie des dominos, toutes ces fadaises se sont évanouies à l'aune de la réalité que son administration a ignoré superbement ou pire, a ignoré sciemment. Où sont elles, les troupes de l'ONU, les casques bleus étudiants que l'on enverrait dans les pays souillés de pauvreté pour aider les populations? Combien d'hopitaux, de crèches, d'écoles, pourrait on créer avec le dixième des budgets militaires mondiaux?
Oh, je sais, on va me taxer d'angélisme, ce qui serait un comble pour moi, officier de réserve pacifique mais non pacifiste... je ne suis pas dupe. Je pense que l'action en Afghanistan était nécessaire, je pense qu'il faut combattre par les armes tous les groupes qui font du terrorisme une fin en soi. Mais ruiner l'Irak sous le prétexte hallucinant des armes de destruction massive, envoyer de jeunes Marines en faisant jouer leur fibre patriotique alors que les buts de guerre étaient au mieux mal définis et au pire sous-tendus par une idéologiqe néo-impérialiste glauque, c'est faire preuve d'un cynisme insoutenable.
Cinq ans déjà... que l'on nous prend pour des cons. Je pense aujourd'hui à toutes les victimes qui envoyaient depuis leur piège mortel de fumées toxiques et de flammes un dernier message d'amour à leur femme, à leur mari, avec leur petit portable. Je pense à toutes les victimes qui ont suivi ce lourd cortège dans les années passées. Sont-elles mortes pour rien?
J'ai encore l'espoir que non...
(c) Musefabe 2006