Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.

Père Floribert Abad Essomba. Curé de Saint Nom de 1998 à 2006
Alors, voilà, Floribert. Aujourd'hui, tu as dit ta dernière messe à Saint Nom. Et pendant qu'on t'applaudissait, la gorge nouée, à la fin de la célébration, je me remémorais ton arrivée, un beau jour de 1998.
Toi le Camerounais habité de cette foi qui déplace les certitudes, qui balaye les préjugés, qui tue les juges à la petite semaine, les donneurs de leçons, les bien-pensants et les mal-b... pardon.
Oui, Floribert, curé aux questions remuantes ! Je me souviens d'une de tes homélies où tu nous avais dit qu'au Cameroun, il n'y avait pas de clôtures autour des maisons, dans les villages. Alors, en regardant nos belles baraques entourées de haies, de murs, de palissades, de machins en tous genres poussant bien opaques, tu t'étais demandé si c'était pour empécher ceux de l'extérieur de regarder chez nous ou pour nous masquer, à nous, les gens comme il faut, la misère et la détresse des autres... de l'autre !
C'est sûr, qu'avec des homélies pareilles, au début, tu t'es fait des tas de copains qui, pour ton bien, ont souhaité te voir remballer ta soutane et tes pauvres affaires de curé-de-quoi-j'me-mèle pour aller précher ailleurs.
Mais non, t'es resté, Floribert Abad Essomba, tu as serré tes dents bien blanches et tu a continué, dimanche après dimanche, de messe en aumonerie, de baptème en mariage, de confirmation en enterrement. Et tes ouailles, comme on disait jadis, ont appris à t'aimer, avec tes doutes, tes pleurs, tes coups de gueule, et tout ce qui fait le bonhomme exceptionnel que tu es. Tu nous as appris ou réappris la fierté d'être enfants de Dieu, la joie de proclamer que l'amour est plus fort que la mort.
Et l'évéché qui a reçu à ton arrivée tant de lettres anonymes de paroissiens modèles pour demander que t'ailles te faire voir dans un autre patelin, a été bombardé de mails (progrès oblige), parfois des mêmes, je suppose, pour supplier que tu restes. Inconstance humaine...
Bon, c'est vrai, tu ne vas pas très loin. Mantes-la-Jolie, c'est pas le Pérou. Mais tu vas nous manquer, sacré Floribert, avec ton sourire irradiant la bonté, et ta foi chevillée au corps. Bon vent mon père, mon curé! Et puis, tu nous as dit que tu souhaitais être enterré à Saint Nom, où que tu meures... nous prenant à témoin, tu as demandé que, le moment venu, nous nous rappelions cette volonté.
T'en fait pas, Floribert ! Si Dieu me prête vie jusque là, c'est à dire le plus tard possible, je m'en souviendrai...
Là j'arrète, je peux plus continuer...