Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.
Novembre 1833
Il n'y a même pas deux mois, Madame, que, nous voyant pour la première fois après tant de lettres, nous osions nous avouer la douce inclination qui nous porte l'un vers l'autre. Vous souvient-il de ce premier baiser que nous échangeames à l'ombre du grand chène ? Vous rappellez vous notre pèlerinage, sur les pas de Rousseau, à l'île Saint Pierre sur le lac de Bienne?
Je travaille à mon "Eugénie Grandet " à en vaciller de fatigue. Mon Dieu! Comment vous dire que je suis ivre de la plus faible senteur de vous, que, vous aurais-je possédé mille fois, vous m'en verriez plus ivre encore parcequ'il y aurait espérance et souvenirs, là où il n'y a encore aujourd'hui qu'espérance ? Je voudrais que vous fussiez moi un instant pour savoir comment vous êtes aimée. Je ne puis accorder deux idées que vous ne veniez vous mettre entre elles !
J'ai pris un abonnement à l'Opéra pour trois soirées par semaine. La musique calme les nerfs ! Elle m'aide à supporter votre bien trop longue absence. Je me rends bientôt à Frapesle, auprès de Zulma dont la grossesse se déroule fort bien. Je ne sais comment je ferai pour ne pas lui parler de vous sans cesse !
Aujourd'hui, je suis seul. Moi, seul ! C'est une souffrance sans expression. Il existe en moi un besoin d'expansion que le travail trompe,mais que la première émotion fait jaillir dans les larmes. Tout ce que je fais m'est dicté par la folle envie de vous revoir, chère âme.
J'espère que vous vous portez bien et vous envoie mille tendresses.
Votre Honoré