Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.

Ayant été pratiquement mis en demeure de raconter l'histoire de ma poussette (ça m'apprendra à faire le malin la prochaine fois...), je me suis dis qu'il convenait tout d'abord de mettre tout le monde d'accord sur l'objet du sujet.
Elle est pas croquignolette ? Certes, peut-être un tantinet ventrue style années 30 mais elle me plait avec son air d'hybride Shadock/Gibi... Je lui laisse donc la parole:
- Je me souviens, la première fois, c'était au jardin du Luxembourg. Fabrice courait derrière les pigeons placides et s'amusait à leur faire peur. Maman le surveillait, assise sur une de ces chaises à péage en ferraille, son bras appuyé sur ma poignée. Papa était parti louer un de ces bateaux à voiles que le vent poussait au milieu du bassin où ils s'échouaient parfois, provocant les crises de larmes de leurs petits locataires éphémères!

- Entre mes belles roues chromées, j'avais une petite grille sur laquelle Maman avait déposé le panier avec le goûter (du jus d'orange dans une gourde en plastique, des tartines de beurre et une tablette de chocolat).
- Le vent faisait frémir les feuilles des grands marronniers. Après avoir joué quelques temps à Surcouf avec la complicité de Papa, Fabrice fut réinstallé dans mon siège moelleux et on se dirigea vers le petit théatre du guignol, caché derrière un bosquet. A cet endroit, un manège de chevaux de bois offrait aux enfants de décrocher avec un bâton des anneaux suspendus à une boite . Bien sur, Fabrice était trop petit pour s'asseoir tout seul. Alors, encore une fois, c'est Papa qui s'y colla, à cheval sur son destrier ligneux avec Fabrice sur les genoux. Moi, j'attendais patiemment la fin du tour, pas peu fière de ma capote imperméable et de mes tubes en inox!
- Puis, on reprenait le 27 pour redescendre au carrefour des Gobelins par la rue Gay Lussac et la rue Claude Bernard. Papa restait avec moi sur la plate-forme, avec le receveur. Maman et Fabrice avaient trouvé une place à l'intérieur.
- On retrouvait le petit appartement de l'avenue des Gobelins, ses quatre étages sans ascenseur, sa vue imprenable sur la cour.
- Aujourd'hui, j'y suis toujours, dans la cave de l'immeuble. Je n'ose plus me regarder... je dois faire peur à voir.
- Hep...!
- Dîtes...!
- Vous n'auriez pas un enfant pour moi? Rien qu'une fois encore, que je puisse le promener, hein ?
(c) Musefabe 2006