Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.

Publicité

Le clan des volontaires (suite)

Trop tard...

Mary arriva essouflée sur la berge spongieuse. Ses petits pieds disparaissaient dans les hautes herbes, des trainées vertes maculaient sa jupe blanche. Elle avait couru depuis la gare, aussitôt qu'elle avait su. Elle ne s'était pas arrétée, se découvrant une capacité inouïe de dépasser ce qu'elle croyait être ses limites. Elle était comme portée par le vent d'avril, dans cette course désespérée pour le revoir, encore une fois, une dernière fois avant très longtemps, peut-être jamais.

Et maintenant, elle était seule au bord de l'eau, si calme à cet endroit. Elle fixait un point imaginaire, très loin, au delà de l'horizon. Le soleil perçait avec peine une déchirure de nuages et délivrait au compte-gouttes quelques poignées de timides rayons. Là-bas, de l'autre côté d'un petit bras de la rivière, le village sommeillait, assoupi en ce début d'après-midi. Le départ des volontaires avait été précipité par la présence presque miraculeuse du cargo britannique. Alors, il avait fallu accélérer les préparatifs, charger en hâte vingt caisses de munitions, une trentaine de sacs mal ficelés, la nourriture pour les dix jours de traversée. Puis, les hommes avaient été prévenus, un à un, par la police qui avait écumé tous les endroits où on risquait de les trouver.

Mathieu Raldor était de ceux-là, qui avaient signé pour se battre en Europe. A présent, il ne savait plus trop bien pourquoi. Ce qu'il voyait, c'est qu'il était sur un rafiot asthmatique avec des tas de gusses qu'il ne connaissait pas et un uniforme sur le dos.

Myriam fit un gros effort pour ne pas pleurer. Elle en voulait à la terre entière, à cette guerre qui la privait du seul homme qui avait fait battre son coeur. Et tant pis si son père avait jugé que ce petit soldat bravache n'était pas assez bien pour sa fille unique. Elle le savait bien, Myriam, que Mathieu était son promis, comme si cela avait été écrit dans le livre du temps. Ils ne s'étaient guère parlé mais ce qu'ils avaient ressenti à leur première rencontre, dans le restaurant de Saint Privas, cela ne s'exprimait pas...trop intense, trop fort...

Ses doigts se crispèrent sur l'anse de son sac. Elle étouffa un sanglot puis s'effondra sans connaissance...

à suivre...

(c) Musefabe 2006

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
Très très jolie plume Fabrice. plume qui trahit une sensibilité étonnante. Merci d'être passé réagir sur mon tit Blog. Ca m'a vraiment touchée. Bises à toi.Anne
Répondre
F
A mon tour de te remercier pour ton commentaire, chère Anne. En fait, je suis un transfuge d'Iziblog sur lequel j'ai des centaines de posts, dont le début de Pignol - c'est vrai que ça aide pour comprendre la suite ;-) Alors, j'alterne entre du tout neuf (comme le clan des volontaires) et du plus ancien (comme Pignol). <br /> Bises et à bientôt<br /> Fabrice