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En passant...

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 22:40

Le tournoi de Vincennes était parmi les plus courus dans le royaume de France.  Organisé minutieusement par Hugues de Joinville, seigneur des lieux, il attirait les plus riches des chevaliers, ceux qui pouvaient se payer au moins dix lances et trois chevaux.

Par un bel après-midi de juin, Jehan de Pognon engageait en lice Richard Flouze de Moet à grands coups de masse d'arme, après avoir brisé trois lances. Richard Flouze de Moet, à l'armure balbutiante, tremblait de tous ses rivets sous les horions bien appliqués de son adversaire. Son petit bouclier qui ne lui couvrait que le coude et une partie de l'avant bras, ne pouvait lui protéger la face, dont la tuméfaction progressait à la vitesse des pains formidables délivrés par Jehan.

C'était pourtant un amour de bouclier, confectionné à la main en maille de serpolet tendue sur armature en pilou nerveux.

Avec un écu pareil, autant aller jouter en culotte de peau avec un casque en carton. De nombreux chevaliers avaient déjà abandonné la lutte, qui étaient partis chez les Bataves ou en Helvétie. Encore un peu et les tournois français ne verraient plus que du second choix, des pauvres nobles cacochimes et fluets qui mordraient la poussière dès la première giflounette...

Il fallait arrêter l'hémorragie !

Alors,le Roy eut une idée. Il appela son forgeron le plus habile.

- Fais moi dix boucliers de 2 mètres de haut en titane massif.

- Mais, Sire, ceux qui auront une protection pareille seront invulnérables!

- Peut-être, mais au moins, ils resteront.

L'artisan s'executa. Deux semaines plus tard, son ouvrage rutilant était présenté au Roy, qui distribua les boucliers à ses chevaliers les plus riches et les plus forts.

Les tournois reprirent de plus belle. Munis de leur protection infernale, les dix privilégiés transformaient leur vis-à-vis en steak tartare en trois coups de cuillère à pot. Le public, lassé de contempler des combats dont l'issue de faisait aucun doute, commença à déserter les tribunes.

Après deux ans de ce régime, les impôts prélevés sur les billets d'entrée se tarirent comme un oued en plein cagnard. Les autres chevaliers ne voulaient plus combattre, lassés de se faire bouziller le portrait dans des affrontements dont la fin était aussi rapide que prévisible.

Le Roy perdait sa popularité. Le peuple criait à l'injustice. La révolte grondait.

Une profonde dépression s'empara des propriétaires d'écus en titane. Par un beau jour de printemps, ils rendirent au Roy son cadeau.

- Nous préférons rester au pays et nous battre loyalement, Sire, dit leur porte-parole Louis Huit Thons. Au moins, les autres auront le sentiment d'être traités équitablement.

Le Roy acquiesca. Il envoya les boucliers de 2 mètres en titane recouvrir le toit de l'asile pour sans-abris.

 

(c) Musefabe 2010

 

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