Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Bienvenue

  • : Regards
  • Regards
  • : Le titre de ce blog est "regards". Regards sur le monde, regards sur les autres, sur les amis, sur les êtres qui marquent ma vie, sur les laissés pour compte anonymes qui meurent de notre indifférence et ne survivent que de notre regard.
  • Contact

En passant...

ami(e)s ont visité ce blog depuis le 16 Juillet 2006 ! Merci à tous de passer me voir de temps en temps :-) !
7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 23:18

La porte du salon ayant été finalement repeinte en gris souris afin de trancher avec les murs couleur emmental mou, Clamestre alla dans sa chambre pour faire sa valise. Pendant ce temps, Bleuride était au téléphone avec les South African Airways et engageait leurs maigres économies dans un billet aller pour Londres. Pour le retour, il serait toujours temps de voir venir.

Le moule de la tête d'Engels avait été soigneusement empaqueté, ainsi que le buste de Lénine rafistolé par Bleuride.

Clamestre revint dans la salle à manger en tirant un bagage à roulettes qui semblait peser une tonne.

- Qu'as-tu mis là-dedans? demanda Bleuride

- Quelques affaires, des bricoles, rien de plus

- Mais c'est lourd comme un âne mort!

- En effet, c'est exactement ça. J'ai eu un mal fou à en trouver, surtout les morceaux de choix. En plus du bide, j'ai dû me contenter des oreilles et des quatre sabots.

Bleuride eut un léger mouvement de recul cependant que Clamestre insérait au jugé les deux colis dans la valise.

Puis ce fut le temps des adieux.

Sous les yeux humides de Mazarin qui finissait de ronger un fémur de lémurien, les deux amies se jetèrent dans les bras l'une de l'autre.

- Sois prudente, fit Bleuride

- Oui, répliqua Clamestre.

- Et n'ouvre à personne.

- Oh, tu sais, dans l'avion, je ne vois pas ce que je pourrais ouvrir.

- Ben, ta g...

- Ah! C'est gentil...

Bleuride eut un léger rictus

- Ménon grande bête, c'était pour rire. Quand même, fais attention aux personnes que tu ne connais pas et qui s'intéressent à toi.

Clamestre se dressa sur ses espadrilles à semelle compensée.

- Tu veux dire que si quelqu'un s'intéresse à moi, c'est forcément suspect?

- Non, je...

- Et que personne ne peut être attiré par ce que je suis, tout simplement?

- Si, mais...

- Que mon physique est ingrat et que je n'ai pas plus de culture que notre perroquet?

- Non mais...

- Que je vais passer ma vie à jouer les faire valoir dans un appart pourri au bout du monde?

- Si, je...

- Tu me fais beaucoup de peine, Bleuride.

Clamestre coiffa son chapeau de voyage en bismuth alvéolaire et passa le seuil de la porte. Elle se ravisa et, se retournant, elle lança:

- Prends soin de toi quand même.

Puis elle disparut dans la foule.

Bleuride écrasa un scolopendre de son pied gauche et une larme de son index droit. Elle ne savait pas que c'était la dernière fois qu'elle voyait Clamestre avant longtemps.

 

(c) Musefabe 2012.

Published by Fabrice - dans Nouvelles-romans
commenter cet article
2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 18:26

A la fin du chant révolutionnaire, la tête de Lénine qui s'était dangereusement rapprochée du bord de la table bascula dans le vide et, décrivant un salto arrière impeccable, percuta le carrelage en faïence de Meissen. Des centaines de morceaux léninocéphales jonchaient à présent le plancher de la cuisine.

La machoire inférieure et la gorge, qui étaient restées solidaires du socle parvinrent à éructer dans un ultime effort:

- Engellllls! Raahhhh.

Puis plus rien. Un calme laiteux s'était installé sur les étagères où les autres statuettes s'étaient figées à leur tour.

Mazarin, qui s'était réfugié sous une table basse en courge de bankolé, tremblait de toutes ses pattes.

Clamestre restait plongée dans un océan de conjectures cependant que Bleuride était allée chercher un balai en poils de phacochère et une mini pelle afin de ramasser les débris.

- As-tu enfin compris ce qu'il essayait de dir, fit Clamestre en évitant de justesse un passage du balai artiodactyle.

- Non, répondit Bleuride la tête en bas.

- Et pourtant, je suis sûre que c'était un truc comme une gosse ou un potimarron.

N'en pouvant plus d'entendre les hypothèses hautement farfelues des deux amies, le perroquet hurla soudain:

- Siyosatchi!

Ce qui, en Ouzbek, veut dire politicien.

- Siyosatchi Engels, roucoula l'oiseau en bombant le torse.

Bleuride commençait à déposer les reliques de Lénine dans un carton à chaussures lorsque Clamestre eut une illumination.

- Friedrich Engels!!! Mais c'est bien sûr!

- C'est bien sur quoi?

- C'est bien sur un tas de choses. Marx, Hegel, Lewis Henry Morgan, et j'en passe. C'est aussi bien sur la commode du couloir et sur les endives au gratin.

- Alors tout ce ramdam pour découvrir qu'on héberge le moule de la tronche d'un communiste de plus?

Bleuride était allé cherché de la colle forte dans la buanderie. Puis, elle entreprit de recoller les morceaux de Lénine en les sortant un par un de leur boite.

- Oui, mais là, c'est son vrai visage! Clamestre était excitée comme une loutre albinos qui aurait forcé sur le Pernod.

Bleuride finissait de déposer le nez de Lénine sur une de ses oreilles.

- Bon, alors, il faut le rendre à sa famille.

- Ca fait belle lurette qu'on ne sait plus qui sont ses descendants. On va plutôt le proposer au British Museum.

- D'accord mais pas avant d'avoir repeint la porte du salon.

Le buste de Lénine était à présent reconstitué. Bleuride avait fait merveille en ressoudant ça et là les parties du visage qui ressemblait à la naine des Ménines de Picasso.

 

(c) Musefabe 2012

 

 

Published by Fabrice - dans Nouvelles-romans
commenter cet article
20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 23:17

Clamestre n'avait pas terminé sa phrase que l'un des bustes de Lénine qui se trouvait sur la table sembla frétiller sur son socle. Bleuride eut un geste de recul et trébucha sur Mazarin qui aboya de frayeur. Le perroquet, à peine remis de son humiliation, chaussa une paire de lunettes en inox.

Cette fois, il n'y avait pas de doute, Lénine haussait rythmiquement ses épaules, et imprimant à son torse le mouvement résultant, il commença à sautiller d'une façon proprement désopilante.

- C'est plutôt un homme préhistorique, risqua Bleuride, éminemment intriguée par l'hirsutisme de Friedrich.

- Il ressemble à un cocker prognathe...

- ...

- Ou alors il...

Clamestre fur interrompue par une sorte de hurlement contraint, à mi-chemin entre l'ouverture d'une porte de cachot rouillée et le jappement étouffé d'un pilote de Messerschmitt qui percuterait la cheminée d'un sanatorium.

Les deux amies regardèrent dans la direction du cri et furent saisies d'un fou-rire effrayant.

Le buste de Lénine avait réussi à atteindre le bord de la table, et son visage clignait frénétiquement des yeux en semblant montrer la figure de platre aux poils conquérants. Puis, sa bouche se tordit, laissant entrevoir la cicatrice de son cou où logeait depuis 1918 la balle tirée sur lui lors d'un attentat. Enfin, à force de se déformer la machoire et d'actionner sa pomme d'adam, la statue parvint à dire quelques mots.

- C'est Engels, bande d'incultes...

Bleuride s'approcha, n'ayant pas tout compris.

- C'est Angus?

La tête de Lénine devint cramoisie

- Engels! Friedrich Engels... Le pote à Marx...

- Le Potomac?

Bleuride était plongée dans un abime de perpléxité.

Tout à coup, tous les bustes de Lénine et toutes les statuettes de paysans et d'ouvriers qui célébraient la dictature du prolétariat se mirent à danser sur les étagères en répétant en cadence:

- Engels, Engels, Engels...

Puis ils entonnèrent le fameux chant révolutionnaire Kazakh:

 

Toi qui peines dans les chants

Toi qui ne rase pas ta barbe

Toi qui peines en léchant

Les tiges de rhubarbe

 

Refrain

 

Rejoins-nous Camarade!

Prends ton slip et ta guitare

Oublie donc toutes tes tares

Et tel un beau tas de tétards

Ne reste pas camé en rade.

 

- Raaaade! fit le perroquet qui décida sur le champ d'apprendre l'Ouzbek.

 

(c) Musefabe 2011

 

 

 

 

 

Published by Fabrice
commenter cet article
18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 23:25

Otto retourna dans son panier pour y finir sa nuit. Bleuride le caressa machinalement entre les oreilles en pensant à Clamestre. Tout le passé était remonté d'un coup, Zanzibar, la rencontre avec Rodavlas. Et puis, le projet qui avait tout déclenché, celui de la statuette d'Engels.

En 1843, Manchester était une ville qui suait la poussière de brique et la suie humide. La joie de vivre ne se lisait que dans les rubriques nécrologiques du journal local. Le jeune Engels travaillait dans la filature de coton de son papa. Un jour qu'il rentrait chez lui après le travail, il trébucha dans une ornière et tomba la tête la première dans une flaque de boue fétide. La terre visqueuse garda l'empreinte de son visage et le futur pote de Marx découpa avec zèle le moule ainsi créé.

Après avoir traversé les deux guerres, et appartenu successivement à un couple d'homosexuels qui avait très bien connu Oscar Wilde, une vieille fille bigote du Norfolk, un marin de la Royal Navy, et un dompteur de kangourous neurasthéniques, le visage en creux d'Engels atterrit presque intact dans les mains de Bleuride lors d'un vide grenier sur l'Ile de Pemba.

Bleuride s'empressa de montrer sa découverte à Clamestre.

- Je l'ai eu pour trois fois rien! s'exclama-t-elle toute joyeuse en arrachant une plume du derrière de leur perroquet.

Clamestre regarda attentivement la chose.

- C'est quoi?

- Ca doit être un moulage pour un masque ou un truc du genre, fit Bleuride.

- Alors, remplissons-le et on verra bien, répliqua Camestre.

Bleuride mélangea aussitôt deux mesures de platre fin avec une mesure d'eau, en fit une pâte onctueuse qu'ellle versa précautionneusement dans la cavité. Après une nuit de séchage, les deux amies démoulèrent le visage et furent stupéfaites par ce qu'elles virent:

- Par la passoire de ma première institutrice!

Clamestre venait de découvrir une face vénérable, aux bacchantes agressives et à la barbe de patriarche. En fait, le système pileux était tellement développé qu'on aurait dit un postiche collé sur les joues glabres d'un jeune homme prometteur.

- Qui cela peut-il bien être? se demanda Bleuride à voix haute.

Le perroquet couina

- Aïe! fit-il, plus vexé que physiquement atteint.

- Peut-être un savant, ou un prêtre, fit Clamestre.

 

(c) Musefabe 2011

Published by Fabrice - dans Nouvelles-romans
commenter cet article
22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 00:25

Clamestre et Bleuride se regardèrent, incrédules.

- Le Kazaquoi?

- Le Kazakhstan. J'en viens. J'y ai monté une affaire de confiture.

- De rhubarbe? Bleuride fut elle-même étonnée de sa question.

Rodavlas porta sur elle un regard inquisiteur.

- Effectivement, fit-il avec un demi-sourire. De rhubarbe. Mais comment le savez-vous?

- Mais, mais je ne sais rien...

Clamestre vida son verre d'un trait.

- Tu te souviens, Bleuride, quand tu m'as dit ne plus avoir de confiture, sur le cargo.

- En effet. Je pensais pouvoir en trouver à Zanzibar. Mais pas forcément de la rhubarbe. Il y a des tas d'autres fruits moins filandreux...

Mazarin finissait de déguster un énorme os à moelle sur le tapis.

- Je ne m'ennuie pas, fit Rodavlas, mais je dois partir.

- Attendez, il y a du café, repondit Bleuride.

- D'accord, il y a du café. Mais il y a aussi plein d'autres trucs. Tenez, rien que depuis ma place, je vois des casseroles, du vinaigre, un livre de Garcia Lorca, un ragondin copocléphile, une chapeau, une flute à bec, une grille pain, une réplique d'Anubis à la pesée des âmes, une eau forte de Mathieu Jeangril, une boite de paracétamol, une petite culotte sur un séchoir...

Cette dernière évocation fit rougir Clamestre qui s'empressa de décrocher le sous-vêtement et de le faire glisser sous le placard.

Quant à Bleuride, elle tentait de reprendre ses esprits.

- Si je comprends bien, la raison de notre présence à Zanzibar est liée au commerce de la confiture de rhubarbe du Kazakhstan?

Rodavlas se leva pour prendre congé.

- Absolument pas. La rhubarbe, c'est moi que ça concerne. En plus j'ai mon permis poids lourds.

Clamestre reprit:

- Allez-vous nous aider? On vous donnerait un buste de Lénine pour la peine?

- J'en ai déjà quatre si je compte l'évèque de Burgos, Vous voulez que je monte une crèche?

Ce fut alors que Bleuride eut une idée:

- Si vous marchez avec nous, je pourrais bien vous laisser me faire la cour.

- Ni la cour ni les escaliers. Je ne suis pas votre larbin.

- Mais ce n'est pas...

Rodaslav avait déjà tourné les talons et disparu dans les toilettes en marche arrière avant de reparaitre et de prendre cette fois la porte idoine.

 

() Musefabe 2011

Published by Fabrice - dans Nouvelles-romans
commenter cet article
21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 10:48

Ce soir là, Bleuride avait préparé un repas digne des plus grandes tables. Calamars frits aux oeufs de membesh,  rôti de blackfish au chorizo d'argent, fromages français. Pour le dessert, elle s'était surpassée en parvenant à couler en moins de deux minutes une île flottante malgré la résistance acharnée de la crème anglaise.

Clamestre, elle, s'était occupée de la décoration. A force de patience, elle avait notamment réussi à produire des ronds de serviette carrés à l'aide d'un moule en aluminium forgé tout spécialement par le fils du concierge.

La conversation allait bon train:

- Alors, Monsieur Ilad, que faites-vous à Zanzibar?

- Appelez-moi Rodavlas.

- Alors, Rodavlas, que faites-vous à Zanzibar?

- Je reprendrais bien un peu de blackfish.

- En voilà.

- Merci.

- Alors, Rodavlas, que faîtes-vous à Zanzibar?

- Délicieux. Il y avait longtemps que je n'avais pas aussi bien mangé!

- Alors, Rodavlas, que faites bar à Zanzivous?

- Chère Clamestre, la vie est faîte de surprises et je dois dire que votre rencontre en est une de taille.

- Oui, certainement.

Bleuride commençait à perdre son sang-froid...Elle brandit une fourchette à 6 dents coupantes comme des lames de fond et l'appuya contre la gorge de Rodavlas.

- Vous allez nous dire à la fin ce que vous foutez à Zanzibar?

Rodavlas tenta de déglutir dans un gargouillis étranglé.

- J'élevais des lézards à Barbizon quand des gens bizarres à cheval sur des bisons aisés m'ont zébré sans art.

Clamestre soupira.

- Vous auriez pu le dire tout de suite.

- Oui mais, j'avais peur du noir.

Bleuride reposa sa fourchette et ajouta:

- Vous croyez que ça nous amuse de vendre des cochonneries soviétiques à des étudiants trotskistes?

Clamestre renchérit:

- Nous n'arrivons pas à savoir pourquoi nous sommes ici. Nous avons pensé que vous pourriez nous aider.

Rodavlas repoussa vers le fond un morceau de l'ïle qui s'obstinait à vouloir flotter.

- Avez-vous pensé au Kazakhstan? fit-il d'un air énigmatique et conditionné.

 

(c) Musefabe 2011

Published by Fabrice - dans Nouvelles-romans
commenter cet article
18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 22:56

Le soir venu, Rodavlas se présenta à la porte de l'appartement 18 bloc C 4 ème étage. Il avait misé sur une élégance de bon aloi, et portait un costume prince de Galles bleu iroquois doublé d'une rapière garance en organza. Ses chaussures à talon renforcé avaient été finement taillées dans une chambre à air de tracteur, ce qui, outre le confort mou du caoutchouc, leur conférait une étanchéité absolue. A son annulaire, le jeune homme avait enfilé une chevalière de la table ronde qui n'avait pas dit non, et à l'auriculaire de sa main droite pendait négligemment une plume de condor nécrophage. Rodavlas avait en outre apporté un soin tout particulier à sa coiffure, après avoir passé 3 heures à sculpter sur les cheveux de sa nuque le visage d'un moine trappiste inconnu. Pour ce faire, Il n'était pas peu fier d'avoir pu tenir la tondeuse (sabot de 4) d'une main et un rétroviseur de Simca 1000 de l'autre.

Ce fut Clamestre qui lui ouvrit.

- Bonsouaarrre.... fit-elle en laissant glisser les syllabes comme des savonettes andalouses.

Rodavlas s'inclina tout en faisant demi-tour pour que Clamestre remarque le moine nucal, puis, il dit:

- Bonsoir... désolé de vous tourner le dos.

A la vue de la sculpture caplillaire, Clamestre s'exclama:

- Il s'agit du chateau de Neuschwanstein, n'est-ce-pas?

- Pas tout à fait mais il y a de ça. C'est en fait un religieux dont j'ai découpé la photo dans un magazine de travestis kazakhs.

Clamestre fit une petite moue puis, sans qu'elle puisse se l'expliquer, eut soudainement envie d'une tarte à la rhubarbe.

- Vas tu laisser notre invité sur le pas de la porte? Bleuride apparut soudain dans l'embrasure de la porte de la cuisine en faisant des moulinets gracieux avec une louche percée.

- Bien sûr que non, fit Clamestre. Dès que Monsieur se sera retourné, il sera face à la porte et pourra entrer normalement.

Afin que Bleuride pût également contempler l'originalité de sa coiffure, Rodavlas prit plutôt le parti de pénétrer dans l'appartement à reculons, non sans avoir renversé un buste de Lénine de la nouvelle collection et marché sur la queue de Mazarin, un croisé pincher-berger briard, qui hurla aussitôt sa réprobation.

- C'est le torse de Louis II de Bavière, n'est-ce-pas? Bleuride n'avait pas ses lunettes, qui étaient dans son sac, comme toutes les lunettes des femmes qui en ont besoin.

- Non.

- Bon, et bien à table. Vous continuez à reculer ou je vous retourne pour que vous passiez la marche avant?

Rodavlas reprit la direction de ses oreilles et s'installa à table. C'etait un modeste meuble en formica et aux pieds en inox (la table, pas Rodavlas). Bleuride avait disposé dessus un petit photophore qui représentait le phare de Paphos au moment du siège de Missolonghi par les Turcs.

Les deux jeunes femmes s'assirent de part et d'autre de Rodavlas.

 

(c) Musefabe 2011

Published by Fabrice - dans Nouvelles-romans
commenter cet article
18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 10:08

Au même instant où un camion rempli de branches de rhubarbe freinait violemment sur une route du Kazakhstan, Clamestre remarqua la présence de Rodavlas.

- Bonjour jeune homme, enfin, je crois...

- Je ne sais pas très bien moi-même, fit Rodavlas.Si j'en juge par l'état de mes organes, dont le fonctionnement est somme toute satisfaisant, ainsi que par la quasi-absence de rides sur mes rotules, je pense que je suis encore vert.

Clasmestre détaillait à présent le physique de Rodavlas comme un entomologiste dissèquerait une drosophile.

Bleuride sentit comme une pointe de jalousie lui titiller les neurones.

- Bien, fit-elle, on ne va pas y passer la nuit. J'ai encore mille choses à faire.

Clamestre finissait son inspection.

- Monsieur restera peut-être pour dîner, s'il n'a pas d'autres obligations et... oh mon dieu!

Elle avait remarqué l'énorme auréole marron qui décorait le postérieur de Rodavlas.

- Ce n'est pas ce que vous croyez, fit le jeune homme de plus en plus géné...

- C'est du chocolat, renchérit Bleuride.

Un escouade de miliciens s'affairait autour du camion dont une partie du chargement jonchait à présent la route entre Alma-Ata et Astana. Les roues avaient patiné dans la rhubarbe et des enfants surgis des villages alentour se battaient pour récupérer un peu de compote.

Clamestre rangea ses grenades dans une armoire et se posa sur un fauteuil.

- Comment s'est passé l'après-midi? demanda timidement Bleuride.

- Ne m'en parle pas! fit Clamestre

- Comment veux tu que je t'en parle. C'est toi qui était dans la laiterie.

- C'est vrai! fit Clamestre en gloussant. La plupart des grenades a bien fonctionné. L'une d'elles a même explosé dans une citerne de crème fraiche. 

- Bigre! fit Rodavlas en essayant de faire oublier sa détresse chocolo-tissulaire.

- Alors, restez-vous dîner? demanda Bleuride.

Le chauffeur, sonné, essayait de récupérer sa cargaison au moyen d'un aspirateur rudimentaire qui suçait les débris de rhubarbe avec un bruit dégoutant.

- Kömektesiñiz! faisait -il en essayant d'éloigner la marmaille.

- Avec plaisir! Le temps de changer de tenue.

Rodavlas calculait le temps qu'il mettrait à rentrer chez lui et à retourner chez les deux amies.

 

(c) Musefabe 2011

 

Published by Fabrice - dans Nouvelles-romans
commenter cet article
12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 01:00

- Vous savez, je n'ai pas toujours voulu devenir évèque...

Le jeune homme, ému par le trouble de Bleuride, essayait maladroitement d'engager la conversation.

- Je m'en doute, fit Bleuride. A propos, il me reste un éclair au chocolat.

- Je le prends. En fait, mes parents me destinaient à une carrière de marbre.

- Et vous n'avez pas supporté l'aspect minéral de la chose?

Bleuride pouffa puis aussitôt, frissonna devant sa propre audace.

- A propos, je m'appelle Rodavlas Ilad.

- Enchantée... moi, c'est Bleuride.

- Bleuride comment?

- Comment comment?

- Et bien, votre nom, le vrai?

- C'est Bleuride. C'est tout. Ca me sert de prénom, de nom, de diminutif, de surnom affectueux, de tournevis, aussi, pour resserrer les branches de mes lunettes.

- Très heureux de faire votre connaissance, Bleuride. Je suppose que vous êtes venue pour "l'affaire"

- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, Rodavlas.

- Allons, tout le monde ici, connait l'existance du savon de Marseille.

- Bien entendu, mais nous devons partir bientôt.

Bleuride n'en finissait pas d'empaqueter l'éclair dont le caractère hydroscopique s'affirmait de minute en minute. Quend elle eut fini, la patisserie n'était plus qu'une misérable éponge molle suant une matière brunâtre et visqueuse. Rodavlas s'en saisit et la mit négligemment dans la poche arrière de son pantalon, non sans avoir laissé échapper quelques gouttes de chocolat qui, s'écrasant sur le sol, représentèrent de manière stupéfiante le visage de Mata-Hari vers l'âge de 6 ans.

Ce fut à cet instant que Clamestre rentra d'un pas vif et alerte.

- Hello! fit-elle en Kiswahili.

- Hatchiaaa! répondit Bleuride en éternuant violemment.

- Merde! fit Rodavlas en apercevant à l'improviste l'auréole marron qui se formait sur le blanc immaculé de son froc.

 

(c) Musefabe 2011

Published by Fabrice - dans Nouvelles-romans
commenter cet article
11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 01:23

Après avoir parcouru Zanzibar de long en large, les deux amies arrivèrent à la conclusion qu'il n'y avait là rien de particulier. Les habitants étaient polis, les routes défoncées, les animaux effrayants, le climat chaud et relativement humide.

Bleuride et Clamestre avaient trouvé un modeste logement dans un bloc d'immeubles de Michanzani, construits avec l'aide de la RDA... Pour survivre dans cette contrée inconnue, elles avaient ouvert une boutique de souvenirs de l'Union Soviétique ainsi qu'une station service/dépôt de pain.

Ce n'était pas l'opulence mais elles se débrouillaient plutôt bien. Les miniatures du Kremlin et les statues polychromes de Lénine en bronze massif, se vendaient comme des petits pains.

Un beau jour de septembre, un jeune homme au physique d'athlète pénétra dans le magasin. Clamestre s'était absentée pour arbitrer un concours de lancer de grenades à fragmentation dans une laiterie du coin. Bleuride était donc seule derrière son comptoir. Elle astiquait une réplique miniature de la Zim officielle de Krouchtchov avec un mouchoir trempé dans du jaune d'oeuf.

- Bonjour!

Le jeune homme esquissa un magnifique sourire à faire fondre une banquise gorgée de manchots bavards et taquins...

Il devait avoir entre trente et soixante ans. Une belle prestance trahissait l'homme qui avait déjà vécu et qui avait su se faire respecter, comme en témoignaient les innombrables cicatrices qui zebraient son torse où figurait un tatouage représentant une femme en costume traditionnel berrichon enfourchant une motocyclette au milieu d'un champ de colza..

- Avez-vous des éclairs au chocolat?

- Je vais voir, fit Bleuride qui se  dirigea tout droit vers les toilettes avant de bifurquer vers la vitrine des patisseries, dans un sursaut de lucidité.

 

(c) Musefabe 2011

Published by Fabrice - dans Nouvelles-romans
commenter cet article